Coups de pédale en terre Maasaï! (Lushoto, Tanzanie – KM 20 480)

Suivant quelques incursions dans leurs territoires au Kenya il y a quelques mois déjà puis, plus récemment, dans l’aride corridor reliant les lacs Manyara et Natron, notre caravane prend en écharpe ce qui reste de leur pays en Tanzanie : coups de pédale en terre maasaï! Gardé au nord par la frontière kényane—que les nomades et leurs troupeaux n’hésitent pas à franchir dans la savane au gré de l’herbe et des pluies…—, le pays des Maasaï tanzaniens s’étire depuis le Seregenti jusqu’aux portes de l’océan Indien. Cette vaste frange de terres englobe les plateaux du Ngorongoro, ceux entourant les volcans Méru et Kilimanjaro, ainsi que le grand corridor où s’écoule la rivière Pangani, nourrie des ultimes neiges et glaces du plus haut sommet de l’Afrique : la steppe des Maasaï.

KM 20400a

Ayant établi que rouler à nouveau la vingtaine de bornes pourries contournant l’Ol Doinyo Lengaï nous coûterait plusieurs heures précieuses et entamerait périlleusement nos provisions en eau dans cette fournaise, nous avons opté de noliser un véhicule motorisé. Pour 40 000 shillings (±US$20), l’ineffable Lepara, guerrier maasaï et proprio d’une « éco-lodge » géniale et conviviale, nous emmène jusqu’au point de joncction avec la piste qui conduit à Longido, plus à l’est sur la route asphaltée entre Nairobi et Arusha. C’est un parcours d’une centaine de kilomètres que nous confions à notre appareil gps et les cartes topos gratuites d’OpenStreetMap que nous lui avons implantées. C’est qu’on trouve peu d’information au sujet de ce parcours franchissant savane et forêts d’acacias fréquentées de bestiaux sauvages et ponctuées de boma ou enkang maasaï, ces regroupements de huttes et corrals circulaires encerclés de clôtures d’épines… Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400b

Les sacoches emplies du contenu des boîtes à lunch de nos potes du Camp Halisi, c’est un safari sur deux roues qui débute pour nous! Autruches, gnous et zèbres paradent ou se défilent dans la savane qui nous lie… Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400c

Terrain de camping idéal à la base du mont Kitumbeine (2865 mètres), autre volcan éteint avoisinant le rift du pays maasaï. Comme au sommet de l’Ol Doinyo Lengaï, les silhouettes du Kili et du Méru formaient l’horizon à l’aube. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400d

Nous purifions les derniers litres d’eau que nous avons puisés au village maasaï de Kitumbeine et transportés dans nos outres Dromadaires MSR. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400e

Le mont Longido (2637 mètres), autre ancien volcan de cette magnifique contrée, sonne la fin de la piste et le retour à la civilisation au village éponyme et asphalte de la route A104. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400f

En route vers Arusha, sitôt après avoir pédallé le 20 000ième kilomètre de l’odyssée vélocipédique en cours, nous croisons Peter, un sympathique Hollandais. Inspiré par les péripéties de notre Jean Béliveau national et sa wwwalk, grand marcheur devant l’Éternel, il avait débuté son périple en Afrique du sud, à pied lui aussi. Après un certain temps, succombant à l’envie de se déplacer un peu plus rapidement, peut-être, il a accroché sa remorque à un vélo! Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400g

Un air pas commode que possèdent ces jeunes Maasaï traînant aux abords d’un casse-croûte en marge de la route A104! De grands acteurs, surtout! Nous y avons passé un moment fort agréable à nous concocter des nouilles que nous avons partagées avec notre invité surprise, Peter. Malgré l’enseigne en swahili qui affirme qu’il y a de la bouffe ici, que de la bière et boissons gazeuses! Heureusement qu’il nous restait un p’tit quelque chose dans les sacoches puisque la montée vers la base du mont Méru , à l’étage des 2000 mètres, nous attendait… Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400h

Fin d’un séjour bénéfique et productif à l’Ahadi Lodge d’Arusha. Nous y avons croisé quelques coopérants oeuvrant dans le domaine de l’agriculture et surtout des amateurs de safaris animaliers dont une famille de Québécois qui se tapait une Relâche exotique et nulle autre que la Maman globetrotteuse. L’énergique Québécoise y jouait les guides pour autres familles québécoises en quête de grands fauves, ciels d’Afrique et pattes de gazelles! Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400i

Nous quittons Arusha mais avant de dévaler le pays maasaï vers les rivages de l’océan Indien, nous mettons le cap vers l’ouest et le village de Meserani, une trentaine de bornes plus loin, où se tient le marché de bétail hebdomadaire, l’un des plus importants d’Afrique orientale. Occupant la région avec leurs troupeaux depuis quelques siècles seulement, descendus des rives du Nil, vraisemblablement dans les parages de l’actuel Soudan du Sud, les Maasaï compteraient près d’un million d’individus en Tanzanie. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

À Meserani, nous avions aussi rendez-vous avec Alex Meliyo Lukumay—contact refilé par un voyageur espagnol rencontré à la base du mont Hanang, il y a quelques semaines—, un Maasaï qui nous a invités à faire escale dans l’enkang familial et venir nous familiariser un brin avec leurs culture et quotidien. Avant de le suivre sur le sentier dans la savane rase, nous faisons des emplettes au marché, riz, tomates, oignons, huile, sucre et bananes, notre modeste contribution pour un séjour de 24 heures en compagnie de ses deux épouses et huit enfants. Ses témoignages sont touchants. Il nous parle de leur société structurée selon les différents groupes d’âges ainsi que des rites de passage qui leur sont associés. De l’importance capitale du bétail pour les Maasaï, méga-treks pour leur fournir l’eau et l’herbe dont ils ont besoin. Polygamie aussi et surtout des difficultés grandissantes pour le maintien de ce style de vie avec une population croissante sur des territoires qui, eux, sont en diminution constante. « Bientôt, il ne sera plus possible pour nous de vivre ainsi. Et si nous n’avons pas d’autre formation, si nous ne sommes pas suffisamment éduqués, comment ferons-nous pour subvenir à nos besoins, survivre? J’encourage les membres de ma communauté à envoyer leurs enfants à l’école—seule l’élémentaire est gratuite en Tanzanie…—, y aller eux-mêmes le soir au centre d’éducation de Meserani ou l’une de ses deux succursales comme ici. »

N’ayant pu aller à l’école lorsqu’il était enfant, trop occupé à s’occuper des vaches des voisins, Alex n’a finalement pu apprendre à lire, écrire et parler anglais qu’à l’âge adulte, en 2005, dès l’ouverture du centre d’éducation de Meserani, l’oeuvre de l’organisme de solidarité britannique Livlife. Expérience formatrice et révélatrice pour notre Maasaï, il a fait le don d’une parcelle de terre attenante à son enkang pour la construction d’une petite école satellite, la succursale Meserani Juu, qui prépare les enfants à l’élémentaire avec des classes de pré-maternelle et maternelle. Le centre offre également des cours aux adultes. Alex en est le directeur et l’un des éducateurs.

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Notre hôte Alex nous entretient de nomadisme et us et coutumes maasaï à notre camp de base dans son enkang. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

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C’est la responsabilité des enfants de conduire le troupeau de veaux, caprins et ovins dans les parages immédiats de l’enkang et celle des femmes de les accueillir à la fin du jour et les libérer  le matin. Les deux épouses d’Alex, qui habitent dans leur hutte respective avec leur propre progéniture, s’assurent que tous ces petits quadrupèdes soient bien rentrés et enfermés dans leur enclos pour la nuit. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

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Leçon de swahili au tableau pour les élèves de maternelle du centre d’éducation Meserani Juu. Alex cherche des manières de financer un projet de rénovation et expansion de l’école. Si vous avez des idées ou envie de contribuer, écrivez-nous et vous mettrons en contact direct! Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

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La récréation bat son plein au centre d’éducation Meserani Juu. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

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De retour sur le bitume accompagnés de nomades aux tuniques écarlates, en route vers Arusha, autres coups de pédale en terre maasaï. Région d’Arusha, République unie de Tanzanie.

KM 20400o

À la sortie du village d’Usa River, porte d’entrée du parc national Arusha qui met en scène le mont Méru (4565 mètres), nous pédalons en compagnie de ce volcan qui ne fait que somnoler au cœur du pays maasaï. Nos nomades l’appellent Ol Doinyo Orok. Sa dernière éruption remonte à 1910. Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

KM 20400p

Le toit de l’Afrique, le mont Kilimanjaro (5892 mètres), veille sur la ville de Moshi, capitale régionale et fief de la tribu des Chagga. Choyés par la nature (climat tempéré et l’eau du Kilimanjaro), prospères et industrieux, on les retrouve dans toutes les régions tanzaniennes, oeuvrant dans le commerce, la santé ou l’éducation supérieure. Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

KM 20400q

Le “Kili”, pas qu’un volcan au sommet immaculé…Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

KM 20400r

Des plantations de sisal (Agave sisalana), s’étirant depuis la base des monts Pare et Usambara, emplissent la steppe des Maasaï. Originaire du Mexique, au Yucatan, et exploité pour sa fibre qu’on traite pour fabriquer de la ficelle, des cordes, des textiles ainsi que stabiliser le béton et les ciments à base de terre, entres autres usages, cet agave a fait la fortune de la région et port de Tanga. Remplacé par matériaux de synthèse, le sisal reprend des parts de marché avec l’engouement que nous avons aujourd’hui pour les matériaux naturels et, surtout, de l’éthanol. L’un des avantages du sisal est qu’il pousse là où aucune autre culture n’est viable. Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

KM 20400s

Telle une exploratrice victorienne post-moderne—s’enrubanner le couvre-chef d’un coupe-vent fluo augmente notre visibilité et sentiment de sécurité sur ce bout de route fréquenté de fous du volant!—mon intrépide partenaire évolue le long de la muraille des monts Pare méridionaux. Bien qu’à proximité des reliefs volcaniques du pays Maasaï, les monts Pare et Usambara, où nous nous dirigeons, font partie d’un groupe de montagnes géologiquement distinct et plus ancien : l’arc de montagnes d’Afrique orientale. Il débute au nord, au Kenya, avec les collines Taita et s’achève au sud aux monts Udzungwa. Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

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Apiculuture de brousse, ruche suspendue à un acacia. Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

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Le long des Pare méridionales, le genre d’établissement où nous cassons la croûte et prenons une bonne pause du soleil qui transforme la steppe des Maasaï en fournaise ces temps-ci. Nous évoluons dans les alentours des 400 mètres et puisque nous filons vers le littoral de l’océan Indien, ça va continuer à descendre et chauffer ! Région de Kilimanjaro, République unie de Tanzanie.

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S’élevant de la steppe des Maasaï tels des remparts, les monts Usambara occidentaux nous tiennent désormais compagnie à bâbord. Comme je vous l’avais mentionné, la côte s’en vient! Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

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Nous franchissons l’étroite plaine marécageuse séparant les monts Pare méridionaux des Usambara. Rizières et cocoteraies annoncent un dépaysement prochain… Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

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À Mombo, où une route asphaltée s’attaque aux Usambara pour se hisser vers les villages de Soni et Lushoto, 1000 mètres et un autre monde plus haut, on offre des produits du terroir d’altitude : fruits tous accabits! Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

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À l’étage des 1200 mètres, dans une zone plus confortable, passons au village de Soni et ses kiosques à fruits! Achetons nos premières pommes locales depuis la Turquie! Miam! Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

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En nous hissant hors de Soni pour filer vers Lushoto et joindre notre repaire au Lawns Hotel, tableaux de la campagne idyllique des Usambara occidentales. Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

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1 kilomètre sous nos pieds, depuis la falaise d’Irente, pres de Lushoto, la steppe des Maasaï, la route de Dar es Saalam et la fournaise que nous avons délaissées : une dernière bouffée d’air frais avant de plonger vers la côte de l’océan Indien, l’archipel de Zanzibar et un énième dépaysement! Région de Tanga, République unie de Tanzanie.

 

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One Comment

  1. Stéphane Lapierre Apr 21, 2016, 03:01

    Merci encore .

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